Hyper-empathie ou blessure d’abandon
Ressentir profondément sans se perdre dans l’autre...
Il y a des personnes qui ressentent les choses autrement.
Elles entrent dans une pièce et sentent immédiatement qu’il y a quelque chose qui ne va pas.Elles perçoivent un silence différent, un regard qui change, une tension dans une voix.
Elles ressentent parfois la tristesse de l’autre avant même que les mots soient prononcés.
Elles aiment profondément. Elles écoutent profondément. Elles ressentent profondément.
Et parfois… elles ressentent tellement qu’elles ne savent plus où elles commencent et où l’autre finit.
C’est ce que j’ai longtemps vécu sans réellement savoir ce qui se passait en moi.
Je ne connaissais pas encore le mot hyper-empathie. Je ne savais pas mettre de sens sur cette façon que j’avais de ressentir les autres, leurs émotions, leurs tensions, leurs non-dits.
Je savais seulement que je ressentais.
Parfois trop. Parfois sans comprendre pourquoi.
Je pouvais être profondément touchée par ce que vivait quelqu’un, porter son émotion, vouloir l’aider, l’apaiser, comprendre ce qui se passait… sans même réaliser que, quelque part, je m’éloignais de moi.
Je pensais que c’était simplement ma façon d’être.
Que c’était normal de ressentir autant. Que c’était normal de vouloir aider. Que c’était normal de prendre sur soi.
Jusqu’au jour où quelque chose en moi a commencé à poser une question.
« Et moi, dans tout ça… qu’est-ce que je ressens réellement ? »
Cette question a marqué le début d’un véritable retour vers moi.
Parce qu’avant de pouvoir comprendre les autres, j’avais besoin de commencer à me comprendre.
De découvrir ce qui se passait en moi.
De faire la différence entre mes émotions et celles que je percevais chez les autres. De comprendre mes réactions, mes besoins, mes blessures, mes mécanismes.
Je commençais doucement à découvrir que ressentir quelque chose ne voulait pas nécessairement dire que cela m’appartenait.
Et cette découverte a changé ma façon de me regarder.
Pendant longtemps, j’avais vécu ma sensibilité comme quelque chose que je devais gérer.
Aujourd’hui, je la vois autrement.
Elle m’a amenée vers moi.
Elle m’a obligée à ralentir, à observer, à questionner ce que je vivais et surtout à apprendre à revenir dans mon propre espace intérieur.
Parce que lorsqu’on ne sait pas encore faire la différence entre ressentir l’autre et porter l’autre, cette sensibilité peut devenir épuisante.
On prend sur soi. On absorbe les tensions. On cherche à apaiser. On veut aider. On veut comprendre. On veut parfois même réparer.
Et sans s’en rendre compte, on quitte doucement son propre espace intérieur pour entrer dans celui de l’autre.
On finit par se demander :
« Est-ce que ce que je ressens m’appartient vraiment ? »
C’est une question qui a profondément changé mon chemin.
Parce que ressentir ne signifie pas nécessairement que quelque chose nous appartient.
Je peux sentir ta tristesse sans être triste. Je peux sentir ta colère sans avoir à la porter. Je peux percevoir ta peur sans devoir la rassurer. Je peux comprendre ta douleur sans avoir à la vivre à ta place.
Et surtout…
Je peux t’aimer sans me perdre en toi.
C’est là que j’ai commencé à comprendre que ma sensibilité n’avait peut-être jamais été le problème.
Ce qui me manquait, c’était la capacité de rester moi tout en ressentant l’autre.
Ne plus avoir à fermer mon cœur pour me protéger. Ne plus avoir à absorber pour être présente. Ne plus avoir à sauver pour être utile.
Mais apprendre à être là.
Présente.
Ancrée.
À moi.
C’est ainsi qu’est née ce que j’appelle aujourd’hui la perméabilité consciente.
Être capable de ressentir ce qui se passe autour de soi tout en restant profondément présente à soi.
Je ressens, mais je ne prends pas. Je perçois, mais je ne m’approprie pas. J’accueille, mais je ne porte pas. Je peux être là pour toi sans quitter mon propre centre.
Et plus j’avançais dans ce retour vers moi, plus une évidence s’installait.
Tout ce que j’étais en train de découvrir ne devait peut-être pas rester uniquement mon chemin.
Parce que si apprendre à me comprendre avait pu transformer ma propre façon d’habiter ma vie, peut-être que cet espace pouvait aussi devenir un espace pour d’autres.
Un espace où l’on ne cherche pas à réparer quelqu’un.
Un espace où l’on peut ralentir.
Ressentir.
Comprendre.
Discerner.
Et finalement… se retrouver.
C’est de là qu’est née une vocation.
L’envie d’accompagner d’autres personnes qui, elles aussi, ressentent beaucoup, portent beaucoup, cherchent à comprendre ce qui se passe en elles et finissent parfois par ne plus savoir où elles se trouvent au milieu de tout ce qu’elles vivent.
Je ne suis pas devenue accompagnante parce que j’avais toutes les réponses.
Je le suis devenue parce que j’ai moi-même commencé à chercher.
À me rencontrer.
À m’écouter.
À comprendre.
Et parce que j’ai découvert que le chemin vers soi n’est pas nécessairement un chemin où l’on devient quelqu’un d’autre.
C’est souvent un chemin où l’on revient doucement vers qui l’on est.
C’est ainsi que Ren’être en soi est née.
D’une sensibilité que je ne comprenais pas. D’un besoin de me retrouver. D’une quête pour comprendre ce qui se passait réellement en moi. Et de cette conviction profonde que ce que nous découvrons en nous peut aussi devenir un espace de rencontre pour l’autre.
Ren’être en soi est née de ce mouvement :
revenir à soi pour mieux renaître à soi.
Parce qu’au fond, nous n’avons pas besoin de devenir moins sensibles.
Nous avons besoin d’apprendre à habiter notre sensibilité.
À revenir à notre corps. À écouter ce qui se passe en nous. À discerner ce qui nous appartient, ce qui appartient à l’autre et ce qui naît de la rencontre entre les deux.
Et parfois, simplement pouvoir se dire :
« Ce que je ressens est réel… mais cela ne signifie pas que c’est à moi de le porter. »
C’est peut-être là que commence une nouvelle liberté.
Une liberté où je peux aimer sans me sacrifier. Être présente sans m’oublier. Accompagner l'autre sans sauver. Comprendre sans absorber. Ressentir sans me perdre.
Revenir à soi ne signifie donc pas fermer la porte aux autres.
Cela signifie apprendre à rester chez soi, même lorsque l’on rencontre profondément l’autre.
Et peut-être qu’au fond, la véritable force de l’hyper-empathie n’est pas de ressentir davantage.
C’est de pouvoir ressentir profondément…
tout en restant profondément soi.
Krystel




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